BENIN Lionel Zinsou, le dauphin le moins attendu

 

N’en déplaise aux milieux politiques de la gauche béninoise qui en 1969 puis en 1977 applaudirent à la chute puis à l’anathème de son oncle, Lionel Zinsou fait une entrée plutôt remarquée dans l’univers politique béninois. Premier ministre certes inconstitutionnel mais Premier ministre tout de même, le neveu d’Emile Derlin Zinsou a la mission officielle de sauver ce qui peut l’être encore d’une fin de mandat préoccupante au plan social, contestable au plan économique et désastreuse au plan politique. Plus officieusement, l’un des meilleurs économistes d’Afrique ne vient pas au chevet de ses origines paternelles pour y opérer une panacée de dernière minute ; dix mois avant l’élection présidentielle de 2016, ce presque  sexagénaire d’envergure et d’ambition prend le risque du panier à crabes pour être aux starting-blocks du grand rendez-vous. Avec l’onction de Paris et celle plus curieuse de …Boni Yayi.

C’est dans les couloirs du siège de la Banque Mondiale  à  Paris que, pour la première fois, Boni Yayi lui en avait fait la proposition. L’on était alors dans l’euphorie de la Table Ronde des Partenaires pour le Financement du Développement du Bénin qui s’était ouverte le 17 juin 2014 dans la capitale française. Lionel Zinsou, Président de PAI Partners participait à cette rencontre en tant que représentant du Mouvement des Entreprises de France (MEDEF) ; la proposition du Chef de l’état béninois lui avait alors arraché un sourire intéressé ; il savait l’origine de cette offre et comprenait que les autorités françaises avaient fait le travail… Il lui revenait maintenant de ne dire ni oui ni non et de laisser la porte entrouverte pour plus tard…Ce qu’il fit. Le reste a fonctionné à la manière d’un puzzle dont l’on devine assez aisément le constructeur.

Quelques contacts ultérieurs entre le Président béninois et le Président de PAI Partners ont instauré entre les deux hommes, sinon de l’estime, du moins du respect. Le premier n’est pas insensible au pedigree et au background du second et il connaît sa grande familiarité avec les milieux socialistes français dont Les chefs sont aux commandes de la France. Le second apprécie le sens de l’écoute du premier et son apparente humilité. Pas assez pour instaurer la confiance politique mais largement suffisant pour se parler.

Une ombre tutélaire

D’autant plus que, danse au dessus de cette relation, l’ombre tutélaire de Paris. Il y  a longtemps que les autorités françaises sont renseignées sur la probabilité de crises électorales imminentes au Bénin, à la faveur des élections qui se profilent, et des dangers qu’elles sont susceptibles d’induire pour la paix au Bénin mais aussi pour la sous-région voire, la région. Après le Mali et le Centrafrique, la France entend conjurer les nouveaux foyers de conflits qui peuvent encore naître ici ou là sur le continent et dont on ne peut pas toujours prévoir le prolongement. L’aventure Djihadjiste aurait pu tourner court au Mali en l’absence d’un choix politique prompt, et l’atmosphère reste volatile en Centrafrique, livrée à tous les démons, même si la Communauté internationale par un engagement ferme et pragmatique a réussi les premiers rapprochements et assis les préalables d’un vivre ensemble reconstruit. Il est indéniable que les intégrismes et les radicalismes religieux sanglants cherchent partout en Afrique, des points d’entrée ; il est plus indéniable encore que les espaces de conflits confectionnent plus facilement que les autres, ces poches d’entrée de la barbarie radicale. Aussi la France tient-elle, à l’instar d’autres puissances, à s’en prémunir en prévenant, par une politique  qui rameute ses vieux réseaux, y compris les moins avouables, l’enlisement des pays qu’elle a su garder sous son influence, dans des situations crisogènes.

Plus que ce paramètre, le regain d’intérêt de la Chine pour l’Afrique, la résurgence des blocs et de la force dans les relations internationales, a fait renaître dans l’esprit politique et géostratégique français, l’urgence d’une résurrection subtilement idéologique, de la françafrique et des réflexes d’ingérence  qu’elle présuppose. Dans la vague nostalgie d’un empire disparu.

Enfin, le sentiment « anti français » de plus en plus grandissant dans les nouvelles opinions africaines a influencé ces dernières années certains courants politiques hexagonaux, dans le sens d’une  «  reprise en mains » du continent, sous peine de le voir s’éloigner. ..

Les élections

Et voici donc les premières consultations électorales ; elles ont pris du retard : le jeu de ping pong auquel se livraient  l’organisme chargé d’élaborer une Liste Electorale Permanente informatisée et le pouvoir du Président Yayi Boni a connu un terme par la Décision 15-001 du 09 janvier 2015 qui fixe au 26 avril 2015 les élections législatives. Elles ont lieu. Boni Yayi n’aura pas la majorité qu’il espérait et Adrien Houngbedji, son rival depuis 2006, prend ou plutôt, reprend la tête du Parlement pour une troisième mandature. On ne saura jamais le rôle joué par Paris dans  cette élection surchauffée à la tête de l’Assemblée Nationale béninoise, mais le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle entre parfaitement dans la construction du puzzle élaboré depuis longtemps par la France dans la perspective de 2016. Celui-ci consiste, entre autres, à faire entrer Lionel Zinsou à pas feutrés dans le landerneau politique béninois et à lui garantir le soutien et la protection politique de l’organe législatif jusqu’au rendez-vous suprême. Qui mieux qu’Adrien Houngbedji pouvait-il donner de tels gages ? Sa relation presque filiale avec la famille Zinsou (le père et l’oncle de Lionel), l’idée qu’il se fait de la dignité et de la grandeur de la fonction présidentielle et qu’il a souvent rapportée  à lui-même sans jamais lui trouver, depuis Emile Derlin Zinsou, la moindre équivalence locale, l’ont fait adhérer d’emblée  au projet d’un Lionel Président de la République, et de constituer ainsi avec lui, au sommet de l’état, le tandem prestigieux d’un Bénin relevé. Adrien Houngbedji qui ne cache pas sa profonde amitié pour le pays de Proust et de De Gaulle, qui est intimement fasciné par sa culture et par ses arts, a toujours été convaincu que la politique en Afrique et le sort des élections qui s’y déroulent se décident en France. Comment aurait-il pu manquer de penser que la perspective d’une telle intrusion annonçait une histoire en préparation, un destin en confection, et qu’il avait un rôle indubitablement historique à y jouer et une revanche à prendre aussi sur l’Histoire ?

Le paradoxe Yayi

Question fondamentale qui en appelle une autre : comment conscient des nouveaux dispositifs qui compromettaient ses rêves de succession ou tout au moins ceux sur lesquels portaient ses préférences, a-t-il pu céder, si facilement à la pression française ? Parce qu’il n’avait pas trop le choix ? Non ; simplement parce qu’elle était en symbiose avec l’idée que lui-même a fini par se faire de l’avenir politique du Bénin. Partagé entre ses rêves intimes  et impossibles de durer et la réalité de potentiels candidats à sa succession, plus aptes aux affairismes qu’à l’attachement à une grande idée de l’état, aux engagements qu’elle nécessite et aux sacrifices qu’elle impose, il aura fait le choix du réalisme. Et du patriotisme. Soustraire dans l’urgence, le destin du Bénin aux appétences des loups, qu’ils soient du nord ou du sud ; ravaler à ses justes compartiments une classe politique médiocre, et tenter dans un ultime sursaut de lucidité et de maturité politiques, de redorer l’image trop abîmée du navire-bénin en goguette. Dans une affirmation d’ego aussi ; car le Chef de l’état a toujours observé avec le plus grand mépris tous les hommes ou femmes pressentis à sa succession à une ou deux exceptions près dont celle d’Aurelien Agbénonci, Haut fonctionnaire des Nations Unies, actuellement en Poste à Bangui et qui maîtrise les dossiers du monde et plus particulièrement de l’Afrique  : il connaît leurs faiblesses et il ne mesure que trop bien leurs affligeantes limites.

Et Yayi Boni ne dira pas « non » à François Hollande lorsqu’il lui rappellera le dossier Lionel Zinsou à la faveur de son dernier déplacement sur la France. Le fruit est mur ; les législatives sont passées, un nouveau gouvernement s’impose. Premier ministre ? Oui et pas pour la forme : pour impulser les premières réformes consécutives à la Table Ronde de Paris ; pour redonner du sang neuf à l’éthique économique béninoise et pour préparer l’opinion à ce « dauphin » qui ne dit pas son nom et que l’on n’attendait pas.

Le troisième gouvernement de son deuxième et dernier mandat porte la double marque de ses choix personnels (la récompense aux amis, la promotion du dernier carré de fidèles) et de ce choix externe et consenti qui le libère du coup, des collusions et des arrangements locaux auxquels  il aurait pu difficilement échapper dans les mois qui viennent.

Et ce remaniement libérateur l’est autant pour lui que pour la majorité des béninois qui ont connu d’autres temps ; ces temps là où le Bénin, le Dahomey d’abord, fut grand. Car avec Zinsou, il y a toutes les raisons de croire que c’est le retour d’un certain sens de l’état, d’une certaine idée du Bénin et de l’Afrique. Un pied de nez fait à la généralisation de la médiocrité que les béninois avaient  fini par considérer comme une fatalité.

Lionel Zinsou, la pièce singulière d'un puzzle efficace

Lionel Zinsou, la pièce singulière d’un puzzle efficace

Deux grands béninois sur les routes du monde

Aurélien Agbénonci et Laurent Jimaja lors de l'investiture du 29 mai 2015

Aurélien Agbénonci et Laurent Jimaja lors de l’investiture du 29 mai 2015

Laurent Jimaja

Laurent Jimaja

Le premier s’appelle Bienvenu Laurent Jimaja ; il vient d’être élu Conseiller administratif de la Commune du Grand Saconnex en Suisse, et devient ainsi le premier noir élu à cette responsabilité dans cette région. Le second  est Aurélien Agbénonci, récemment nommé par le Secrétaire Général des Nations Unies , Représentant Spécial Adjoint de la Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République Centrafricaine,  Représentant du PNUD et Coordonnateur résident des agences du Système des Nations Unies dans ce pays. Depuis le 27 mai 2015,  de nouvelles charges viennent de lui être confiées : Aurélien Agbénonci est Coordonnateur Humanitaire pour la Centrafrique.

Deux profils, deux itinéraires, mais une similitude de visions pour la grandeur de l’Afrique et pour l’idée qu’ils se font du prestige et de la fierté d’être noir.

Le second est venu soutenir le premier à l’occasion de sa prestation de serment dans la prestigieuse Cathédrale St Pierre de Genève.

 

Son patronyme signifie « que la pluie ne tombe pas ! » ; elle a pourtant bien semblé lui tomber dessus en ce soir du 10 mai (ça nous rappelle une autre histoire…) 2015 où il découvre les résultats de l’élection. La pluie de la grâce certes, pour ce béninois de 55ans, de taille moyenne et au grand sourire, qui après deux tentatives infructueuses accède enfin au Conseil Administratif du Grand Saconnex . C’est la branche exécutive de l’entité communale. Ici, Laurent Jimaja, «  Bilau » pour les intimes, sait qu’il peut contribuer à changer plus efficacement les choses dans le sens des valeurs écologiques sous la bannière desquelles il s’est présenté devant les genevois. Mais pas seulement : porteur de valeurs morales et de la pertinence de tout ce que peut enrichir la diversité, il sait que son combat se fera aussi de ce côté-là, dans un pays où les préjugés ont aussi la vie dure.

Arrivé à Genève en 1989 après des études à Dakar, Laurent a travaillé dur pour se faire une respectabilité dans un environnement plutôt frileux à l’altérité. Mais il s’installe dans une commune généreuse et hospitalière ; il y fonde sa famille et devient un fils du pays. Son honnêteté, son goût pour le travail bien fait, son affabilité naturelle et sa grande intelligence, auront tôt fait de construire pour lui des  lendemains qui aujourd’hui, le comblent.

Le 29 mai 2015, Laurent Jimaja, le nouveau maire, prête serment en la Cathédrale Saint Pierre devant de nombreux Genevoix qui viennent saluer une ascension méritée. Le Grand Saconnex, cette commune de plus de 12000 habitants et qui comprend l’aéroport International de Genève, est mobilisé pour rendre un hommage franc à ce quinquagénaire noir qui va désormais contribuer à l’orientation de ses destinées.

Dans l’assistance, Aurelien Agbénonci. ;  Homme discret, subtil et brillant qui depuis les années 90 fait la fierté du Bénin au sein des Nations Unies, et formate au quotidien l’image de prestige de l’intellectuel africain et du fonctionnaire modèle. Ce spécialiste des questions de conflits formé tour à tour à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et à l’Université de Nanterre dans la banlieue parisienne, a été dans plusieurs pays dont le Rwanda et le Congo, Coordonnateur-résident des agences du système des  Nations Unies et Représentant –Résident du PNUD. Au Mali, de 2012 à 2013, il a été Coordonnateur Humanitaire, Coordonnateur –Résident des agences du Système des Nations Unies et Représentant Résident du PNUD. En 2014, le Secrétaire Général des Nations Unies, le nomme en République Centrafricaine en tant que Représentant Spécial adjoint chargé de la Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la stabilisation (MINUSCA),  Coordonnateur résident des Agences du Système des Nations Unies et représentant du PNUD. Le fonctionnaire  dynamique et prospectif maîtrise si bien la problématique centrafricaine que le 27 mai 2015, il est nommé, en plus de ses responsabilités actuelles, Coordonnateur Humanitaire en RCA, avec effet immédiat. Les responsables centrafricains et internationaux, à divers niveaux, sont unanimes pour saluer la compétence  de cet homme plutôt pondéré, affable mais ferme, qui gère de main de maître, le retour à la normalité en Centrafrique depuis 2014.

Agbénonci et Jimaja ont fait un long chemin ensemble depuis Dakar ; les mêmes rêves pour un Bénin grand et prestigieux les habitent depuis les bancs de l’Université et les virées dans les quartiers populaires de Dakar où ils ont appris à sentir le pouls du peuple ; à pressentir ses drames et à épouser ses angoisses. Le premier a su trouver les routes  de l’univers international où l’on ne parle plus d’un pays mais d’un continent entier affecté par la pauvreté, la corruption et l’impuissance à exister en tant que peuple véritable. Il sait les responsabilités qui sont les siennes et les défis que lui imposent ses chances exceptionnelles. Le second a semblé trouver un ersatz à cet engagement dans l’accomplissement d’un destin plus personnel : la cause des autres et du devenir du monde n’a pas tardé à l’accaparer.

Le Bénin va mal ; ses dirigeants ont dévoyé l’idéal politique pour des arrangements subalternes et triviaux ; les combats essentiels ont été oubliés et  la bête immonde de la médiocrité a pris d’assaut les arènes de l’univers politique et social.  Les deux hommes en sont ulcérés ; les contingences qui plombent leurs rêves sont de nature herculéenne ; mais ils savent ce qui parfois surgit des lendemains de souffrance ; et ils savent que tout est encore possible. Sans doute pour y arriver, faudra t-il être au cœur de l’action ! Pourquoi pas ! Les temps sont proches, semble t-il, d’un engagement plus concret. Après les routes du monde, pourquoi pas les chantiers des origines ? Au fond, à eux d’en décider !

Pour l’heure, les deux éminents béninois militent au sein de la même association dénommée Action Bénin Pluriel. Association non lucrative créée le 06 Août 2011 et promouvant une citoyenneté responsable par l’affirmation du leadership dans une perspective de développement durable. Action Bénin Pluriel œuvre pour la paix, la cohésion sociale et l’unité nationale et se veut un creuset de formation à la citoyenneté  et à la solidarité.

Et les routes de demain commencent peut être là…

 

Philippe d’Almeida

Aurélien Agbénonci dénonce les « marches de soutien » qui paralysent l’administration au Bénin

Aurélien Agbénonci

Aurélien Agbénonci

 

Invité sur l’émission Grand –Rendez-vous de Radio Soleil, le dimanche 04 janvier 2015, le Président de l’Association Action Bénin Pluriel, par ailleurs, Représentant spécial Adjoint du Secrétaire Général des Nations Unies à la MINUSMA, et Coordonnateur- Résident du système des Nations Unies en Centrafrique, n’a pas fait dans la langue de bois pour aborder les questions de préoccupation nationale, et s’est risqué à faire des propositions concrètes pour sortir de ce qui aujourd’hui, s’apparente à une crise entre les acteurs politiques du Bénin.

 

Le point d’orgue de l’entretien que Monsieur Aurélien Agbénonci a eu avec les animateurs de l’émission Grand Rendez-vous, fut indubitablement la proposition qu’il fit, que le Cos Lepi, transmette la liste électorale informatisée, dans son état actuel, à la CENA. Conséquence logique de ce qui fut jusqu’ici,  incompétence et incapacité notoires à fournir une liste fiable en vue d’amorcer dans les délais acceptables, l’ensemble du processus électoral qui eût dû permettre depuis 2013, l’organisation des élections locales, communales, et municipales, et favoriser, sans polémique aucune, les législatives de 2015. Prenant acte de ce qu’il n’en fut rien et de l’impasse politique qui se profile du fait de cette incurie, Monsieur Agbénonci a proposé que l’on confie à la CENA, ce qui en fait relève de ses attributions, et qu’elle s’acquitte des toilettages nécessaires. Il s’agit en réalité de limiter les dégâts qu’auront induit plusieurs années d’errements politiques et techniques autour d’une LEPI réputée être de tous les dangers.

 

Pas de crise politique, mais…

 

Si Aurélien Agbénonci se refuse pour l’heure à parler de crise politique, il reconnait que «le dialogue politique est englué » du fait de l’intolérance qui peu à peu s’installe dans les rapports entre acteurs politiques : « les acteurs politiques ne se parlent plus », dira Monsieur Agbénonci non sans en faire porter la responsabilité essentielle à l’exécutif : « il y a comme une espèce de déni  au niveau du pouvoir » , allusion faite au discours du Chef de l’état sur l’état de la nation qui, se basant sur des données macro-économiques, a voulu faire avaler l’idée d’un pays qui se porterait  bien et dont les difficultés soulignées à profusion par l’opposition , relèverait plutôt du mythe. Le chômage des jeunes, la pauvreté grandissante, le système éducatif abîmé, l’insécurité galopante, sont-ils du domaine des chimères ?

Mais, Aurélien Agbénonci sur le ton et les accents diplomatiques qui lui sont connus, se refusera à adopter une logique d’affrontement avec le pouvoir, reconnaitra ses efforts notamment  dans le domaine des droits humains, puisque ceux-ci sont salués par la communauté internationale, mais appellera ce pouvoir à faire justement preuve de bonne foi en ce qui concerne le dialogue qu’il a décidé d’entamer avec l’opposition. Pourquoi ne pas permettre par exemple, que les points d’accord  au dialogue soient exécutoires ? Simple question de bon sens et dont l’acceptation serait justement, la preuve de cette bienveillance dont le pouvoir se ceint et sur lequel pourtant, il a du mal à convaincre.

 

 

Démission de Sacca Lafia du Cos LEPI

 

Aurélien Agbénonci aura aussi radicalement appelé Sacca Lafia, Président du Cos-LEPI, à démissionner de ses fonctions, étant donné qu’il a porté sur les fonts baptismaux une alliance politique, au mépris des règles en la matière. Pour le refus des conflits d’intérêt et de ce minimum d’hygiène politique qui veut que l’on ne soit à la fois juge et partie, le créateur de l’Alliance Soleil, ne peut plus se maintenir à la tête d’une entité nationale dont le minimum de vertu doit être la neutralité.

Sur le régionalisme qui prend des allures inquiétantes mais qui semble être devenu pour certains politiques une arme de prosélytisme politique et de réveil des réflexes grégaires, Aurélien Agbénonci a  recommandé la vigilance, l’esprit de citoyenneté et d’unité nationale, indispensables pour notre survie en tant que nation, mais a aussi surtout rappelé une recette qu’il avait déjà formulée lors d’un dîner avec la presse, à savoir, la création d’un Observatoire des dérives régionalistes et des pratiques discriminatoires, qui aurait pour mission de les relever et de les dénoncer afin d’en arriver à une sorte de diabolisation systématique de ce mal mortifère, qui met à mal la cohésion nationale, mais  avec lequel, pourtant, certains jouent à volonté, dans l’ignorance de ses conséquences…

Sur les marches nombreuses, observées ces temps-ci et qui viennent en soutien au pouvoir, Aurélien Agbénonci a dénoncé leur spectacle affligeant qui défigure notre démocratie et dont la réalité paralyse  l’administration et dilapide les ressources publiques. Un ministre n’est pas nommé pour faire des marches de remerciements mais pour servir la république.

Au sujet des ressources publiques, justement, le Chef d’Action Bénin Pluriel a parlé de la reddition de comptes qui a déserté la culture économique de notre pays et mis à mal les règles de gestion du bien public ; en ce qui concerne la LEPI, il a estimé que ceux qui ont eu à gérer des sommes faramineuses devraient en rendre compte et qu’un audit devrait être fait afin  d’évaluer, entre autres, les compétences techniques des personnes qui sont dans les centres de traitement.

Interrogé sur le profil de l’homme qui serait le plus apte à diriger le Bénin en 2016, Aurélien Agbénonci a  renvoyé le questionneur au texte de la Constitution : un homme respectueux de la Constitution, garant du bien-être individuel et de l’intérêt général… Des qualités, somme toute, morales, d’abord, dans un pays qui en a bien besoin…

Notons pour terminer qu’Action Bénin Pluriel que dirige Monsieur Aurélien Agbénonci, organise demain mercredi 06 janvier 2015 à Wadon, commune d’Adjarra, au siège de l’Association, une demi-journée de conversation avec la presse autour de l’actualité politique et de la position qui est celle de l’association par rapport à certains sujets nationaux.

 

 

Bénin: PRD: Les leçons d’une marche historique

En ce 10 décembre 2014, veille du vingt quatrième anniversaire de la Constitution du 11 décembre 1990, une lave incandescente barrait la bonne vieille ville de Porto-Novo comme une balafre de défi : le peuple en fusion, réclamait ses élections. Trente mille manifestants ou plus selon les organisateurs. On n’avait plus vu cela depuis plus de vingt cinq ans ; c’était au paroxysme de la contestation du pouvoir militaro-marxiste, quand « les masses » n’en finissaient plus d’avoir faim. S’extirpant de la crémation annoncée dans laquelle l’avait fourré la bienpensance cotonoise, le PRD inflige, urbi et orbi, à la surprise de tous, la réalité de sa puissance et de son influence inoxydables. Récit d’une manifestation dionysiaque et de ses conséquences.

C’était comme si subitement, une jungle avait recouvert la ville. Une jungle humaine. Porto-Novo est appelé à un réveil forcé ; à une rupture de monotonie dont elle se souviendra. De Ouando et d’Adjarra –Dokodji à Catchi ; de la Place du Gouvernement à la Préfecture, les foules montent. Ce sont toutes les parties d’un tout qui fusionnent dans un tourbillon sulfureux. Les pancartes se dressent : les manifestants veulent qu’enfin leurs élections se tiennent et que cette fameuse LEPI, véritable Arlésienne de la vie politique nationale, deviennent une réalité. La foule dénonce le régime d’imposture et le totalitarisme graduel qui s’est installé, devenant l’air du temps. Elle réclame bruyamment des élections locales, communales, municipales et législatives. C’était une foule aux couleurs du PRD mais qui unissait les citoyens de toutes les origines et de toutes les conditions : les sans –grades, les sans –voix, voire les sans-avenirs. C’était une houle multicolore et railleuse, pacifique et déterminée qu’encadrait une maréchaussée inquiète et goguenarde. Voici que la liberté s’exerce, prise de force par cette incomparable multitude qui n’aspire qu’à se faire entendre et dont l’on n’est bien obligé de respecter la sidérante mobilisation.
Dans la foule, quelques notables dont l’on aurait tort de minimiser la présence : Eric Houndété par exemple, qui estampille chacune de ses actions et de ses présences du sceau de la liberté et de la fierté démocratique. Il est là, et cela n’est pas forcément anodin…

Foule océane

Mais, laissons là ces notables et revenons à cette foule océane, emmitouflée dans un charivari respectueux, rythmant son tumulte et maintenant sa retenue. Aucun débordement : tel a été la consigne que respecte à la lettre cette foule immense. Devant la Préfecture, le Secrétaire Général du PRD sort sa motion et la lit : il en ressort que le pays veut ses élections et que le PRD qui vient de démontrer dans un style magistral qu’il existe encore et pour longtemps, jouera sa partition de la façon la plus ferme pour les lui obtenir. A bon entendeur ? Derrière ses volets, il est là, le Préfet de la Ville, transfuge du PRD et qui sait interpréter ce qui se passe sous ses yeux : le yayisme n’était qu’un feu follet qui s’estompe déjà, et le PRD demeure la force essentielle. De son côté, le maire, Moukaram Océni a lui aussi largement entendu le message : cette foule là est venue lui rappeler que son temps est terminé et qu’il faudra passer le témoin à quelqu’un d’autre et qu’aucune contingence ne viendra modifier cette échéance immarcescible. Les errements qui l’emmenèrent à commettre les mêmes égarements que son prédécesseur, et à se complaire dans de coupables marivaudages avec le pouvoir en place, le condamnent d’emblée au même destin : celui de l’impitoyable oubli.
Mais que retenir de cette grand messe qui vit des milliers de béninois, pour la plupart du PRD, battre le macadam de Porto-Novo ? Deux choses essentielles : que le PRD est au jour d’aujourd’hui, la seule et première force d’opposition homogène au Bénin ; il a affiché les forces et les vertus d’un véritable parti national et est resté constant dans sa posture oppositionnelle. Ensuite, que le PRD reste l’unique faiseur de roi sur l’échiquier politique national et a donc par conséquent vocation à gagner tôt ou tard, l’exercice du pouvoir d’état.
Le jeu des hypothèses
Pour 2016, deux options lui sont possibles : désigner un candidat en son sein pour une présidentielle de tous les possibles, ou soutenir un candidat externe qui serait proche de ses valeurs et se porterait garant de ses intérêts.
La première hypothèse serait mal pensée : aucune personnalité du PRD n’a ni le charisme, ni la culture ni la popularité d’un Adrien Houngbedji ; au sein du parti il lui serait déjà difficile de faire l’unanimité donc d’avoir la moindre petite chance de la faire au niveau électoral. Il reste que d’aller trouver ailleurs la perle rare, comporte aussi le risque d’une démobilisation au sein des militants et donc d’un début de divisions. La deuxième hypothèse est celle du possible : trouver le candidat qui a l’avantage de la jeunesse, et dont le charisme et l’intelligence rivalisent sympathiquement avec ceux de Maître Adrien Houngbedji, figure charismatique et historique du mouvement. Un candidat dont la constance en opposition au pouvoir de Boni Yayi ne pourrait être contestée ; un candidat qui en termes de vertus, affiche l’exemplarité la moins discutée. Enfin un candidat qui retournerait en dividendes politiques, le soutien électoral que lui auront apporté le PRD et son chef. Sans anicroche…
En mobilisant aussi fort, le 10 décembre dernier, Adrien Houngbedji sait qu’il s’est donné d’office le choix des armes, aussi bien à l’interne qu’à l’externe, et qu’aucune intelligence intéressée par ce qui pourrait devenir un deal, ne saurait lui marchander une alliance d’une telle nature.
Est-ce de la fiction déraisonnable que de penser que ce candidat est Eric Houndeté et que maître Adrien Houngbdédji ne serait pas tout à fait mécontent d’un tel avatar ? A l’avenir d’en décider ! Il ne reste que peu de temps ; mais l’apothéose du 10 décembre 2014 ouvre une page mémorable dans l’histoire.
La figure inlassable de Maître Adrien Houngbédji se profile ; et ses mains assurées continuent d’écrire pour demain, les lettres capitales de son parti et de son pays. Adrien tel qu’en lui-même…

 

Adrien Houngbedji, le maître inoxydable d'un jeu prenant...

Adrien Houngbedji, le maître inoxydable d’un jeu prenant…

OMS : Une Grande Dame pour l’Afrique

 

 

Dorothée K. Gazar : Le charme d'une ambition

Dorothée K. Gazard : Le charme d’une ambition

Le Bénin est unanime derrière sa candidate ; le fait est si rare qu’il mérite d’être souligné : les béninois officiant dans l’ensemble du système des Nations- Unies ou d’ailleurs, ne savent que trop bien la part de solidarité nationale à laquelle ils doivent leurs promotions et autres responsabilités exceptionnelles. Les chausse-trappes, les trahisons et les abandons ont pendant longtemps été le label national, chaque fois qu’il s’est agi d’accompagner à l’international, une carrière individuelle.
Mais là, du coup, voilà qu’il se crée comme un consensus national et qu’une houle tumultueuse et fiévreuse semble porter comme jamais auparavant, le Professeur Dorothée Kindé-Gazard à la candidature pour le poste de Directrice régionale pour l’Afrique de l’Organisation Mondiale de la Santé. Comme si la nation toute entière semblait du coup, s’identifier à ce modèle exceptionnel de talent, d’excellence et, oui, n’ayons pas peur des mots, de vertu.
La mobilisation intégrale n’intrigue pas seulement ; elle fascine. Ce pays sait donc promouvoir les siens et faire l’économie de fausses querelles et de polémiques de bas étage ! Voilà qui est rassurant !
La presse, la rue, la classe politique, les milieux professionnels, font bloc pour dire qu’à travers la candidature du Professeur Gazard, le Bénin mérite cette place. Le Bénin, oui ; mais surtout elle. Professeur titulaire de parasitologie-mycologie et praticienne depuis plus d’une trentaine d’années, la femme qui vient de recevoir le Prix Harvard 2014 des Leaders de la santé et qui fut aussi décorée en 2011 de la Légion d’honneur de la République française, est ministre de la santé de son pays après l’avoir été sous un autre régime et sous un autre Président. En effet, au cours de la deuxième moitié de son ultime quinquennat, Mathieu Kérékou fait appel à cette technicienne émérite qui apportera la preuve que l’on peut faire de la politique sans compromission et dans le seul but de servir les populations. Elle réussit à échapper aux chapelles politiques et ne connaîtra d’obédience que celle du service.
Voilà une dame qui débarque sous les dorures des palais républicains et qui fait de la politique sans en avoir l’air. Un art consommé chez cette femme de taille moyenne, si effacée qu’on la croirait absente ; discrète, presque timide et incontestablement raffinée. Difficile de ne pas tomber sous ce charme subtil au point d’en occulter la terrible efficacité : de ses chefs elle sait obtenir les moyens dont elle a besoin pour accomplir sa mission, des bailleurs de fonds elle sait soulever l’adhésion nécessaire aux chamboulements des investissements classiques qui rendent si inefficaces, l’aide à la santé. Dans son ministère, plus d’un apportent le témoignage du chef d’orchestre qui mène son monde à la baguette de la raison et de l’adhésion : convaincre plutôt qu’imposer ; et la formule marche. Tout ce petit monde est au travail et ne discute pas la singulière autorité de cette femme plutôt souriante qui sait faire des hommes des entités véritables au service d’un humanisme concret.
La voilà qui frappe à la porte de l’OMS ! Un peuple entier l’accompagne parce qu’il sait qu’elle en a, et le talent, et la compétence, et la morale. Elle connaît ses missions : Prendre en compte les principaux déterminants de la santé dans l’élaboration des politiques nationales ; généraliser la couverture sanitaire universelle sur le continent ; donner de nouvelles dimensions à la recherche sur le continent ; soutenir l’intégration des nouvelles technologies de l’information et de la communication au système, animer le partenariat global pour la santé, etc … Pour cette technicienne qui a été à la base de l’initiative de Financement basé sur les Résultats et qui a initié dans son pays de vastes programmes contre le paludisme et contre bon nombre d’autres parasites, une politique de santé à la dimension du continent, sobre et efficace, semble être tâche aisée. Car Dorothée Gazard n’a pas seulement une image ; elle a aussi un profil ; et plus qu’un profil, elle a un être intime, inébranlable et rassurant où s’entremêlent heureusement, autorité morale, humilité intellectuelle et don de soi au service des plus souffrants. C’est peut-être ce qu’a perçu, mieux que quiconque, le Professeur Albert Tevoedjrè lorsque, évoquant son parcours, il a parlé de « chance de l’excellence »… Chance de l’excellence, certes, mais chance aussi du cœur.
Et c’est au carrefour du cœur et de l’excellence, de la conscience et du savoir que s’accomplira sans doute, ce destin exceptionnel… Dans quelques heures…

 

BENIN: L’ENFER GSM

 

telephone-mobile

C’est à la fin des années 90 que la téléphonie mobile fait son irruption au Bénin, par le biais de l’opérateur historique qu’est Bénin –télécoms. Depuis, les opérateurs se sont multipliés, offrant à l’usager, des services des plus approximatifs. L’arrivée d’internet sur ces réseaux n’a rien arrangé, et les consommateurs dépités, n’ont plus que la colère pour évoquer la question.

 

 

SPACETEL-BENIN, filiale du Groupe sud africain MTN, est le premier grand opérateur de téléphonie mobile au bénin ; il est suivi d’ETISALAT-BENIN, autrefois appelé TELECEL BENIN et filiale du Groupe Emiratie, ETISALAT. BELL-BENIN communication qui s’installe en 2003, vient compléter une liste que boucle en 2007, GLO-BENIN, Groupe nigérian. Mais avant tout ce beau monde, il y a, LIBERCOM, qui est, de fait, le réseau national, puisqu’il dépend de Bénin télécoms, société nationale de communication, par définition. Tel est le paysage de la téléphonie mobile au Bénin et qui se partage 7.765.206 abonnés avec un taux de croissance annuel de 10% du parc mobile.

Le chiffre d’affaires de ces différents opérateurs est de 217.856 milliards de FCFA… De quoi donner le vertige, sans doute, mais poursuivons nos chiffres : le Bénin ne possède que 350 000 utilisateurs d’internet avec un taux de pénétration d’internet qui est de 3.2 %. Pas de quoi poursuivre les incantations sur l’éventualité d’un quartier numérique labélisé bénin…

Les abus d’un système plutôt opaque

Donc, LIBERCOM, ETISALAT, MTN, GLO et BELL BENIN se partage un espace qu’ils gèrent fort mal. Le mécontentement croissant des usagers en témoigne ; pas un jour sans communication subitement interrompue, des messages envoyés qui consomment du crédit sans jamais arriver à destination, des forfaits internet trop vite épuisés, surtout chez MTN, des crédits transférés qui n’arrivent jamais au destinataire, et grosso modo une très mauvaise qualité de communication. Sans parler bien évidemment du tarif prohibitif des frais de consommation qui sont des plus élevés d’Afrique pour des prestations qui sont minables. Le consommateur béninois a la nette impression que les services clientèle de ces opérateurs ne sont que des enregistreurs de plaintes et que ces structures sont dans l’incapacité technique de répondre à leurs besoins. Sans doute la question d’un personnel compétent vient-elle se greffer sur la mauvaise foi d’opérateurs à qui l’on ne demande jamais de comptes et qui font au Bénin, plus qu’ailleurs, la pluie et le beau temps.
Pourtant il existe au Bénin une Autorité Transitoire de Régulation des Postes et Télécommunications dont la complaisance, hélas, à l’égard de ces opérateurs est notoire ; sinon comment expliquer de tels dysfonctionnements ? Comment justifier le silence de l’autorité publique face au mécontentement général et à la colère qui gronde de plus en plus chez tous les utilisateurs quelle que soit leur origine ou appartenance sociale ?
A côté de l’Autorité de Régulation, il existe bien une Association des Consommateurs ; que fait-elle ou de qui se moque-t-elle ? Mais le sentiment est large dans l’opinion béninoise que cette association de consommateurs ne l’est que de nom, d’autant plus qu’elle n’a jamais appelé à manifester pour quoi que ce soit, dans un pays où les coupures d’électricité sont récurrentes, où les loyers grimpent chaque jour sans contrôle et où les prix des denrées courantes sont laissés à la liberté de revendeurs véreux. Comment alors ne pas penser au fonctionnement trop bien huilé d’une mécanique glauque au milieu de laquelle le consommateur ne peut être que le perpétuel pigeon ?

Situation délétère

Les 350 000 utilisateurs d’internet au Bénin, vivent en même temps l’enfer des navigations : connexions brutalement perdues, lentes au démarrage et de très mauvaise qualité au fonctionnement. En tentant d’investir un espace que LIBERCOM gérait déjà de la manière la plus grossière, MTN, ETISALAT ou GLO ont aggravé le comique d’une situation nationale et sont loin d’apporter au consommateur la satisfaction minimale dont il a besoin. On imagine ce que serait internet au Bénin si le nombre de consommateurs doublait. Le « quartier numérique » vanté à tir larigot, n’est pour l’heure qu’une vue de l’esprit, une incantation grossière que résume la réalité suivante : Selon le dernier baromètre OoKLA qui permet de mesurer la vitesse des connexions de tous les pays du monde, le Bénin arrive 179ème sur 180 pays. La moyenne de la vitesse de connexion au Bénin est de 0.6 bps contre 46 bps à Hong Kong, meilleur élève de la planète.
Entre-temps, l’on aura investi, des milliards dans une fibre optique dont le consommateur a du mal à percevoir l’utilité, à moins que cela aussi n’ait été passé à perte et profit dans le gouffre des prévarications nationales…
Les béninois sont dans leur grande majorité furieux contre leurs opérateurs téléphoniques, et s’ils pestent aussi contre l’état, c’est du fait de cette incapacité à imposer des tarifs raisonnables à ces opérateurs et à exiger d’eux, des prestations plus qualitatives et somme toute, plus respectueuses de leur cahier des charges. Il est temps qu’ici, et les pouvoirs publics, et les opérateurs téléphoniques prennent leurs responsabilités avant que n’éclate, de façon plus explicite, la colère du consommateur…

 

L’urgence de se recréer.

 

 

Notre « siècle » est-il aussi « grand et fort » que celui que célébrait Victor Hugo dans Les voies intérieures ? Y voit-on encore « marcher l’idée en mission » ? Non, notre siècle est petit et vulnérable, et « l’idée », la pensée, qui hier, sculptait les nations, est désormais en réclusion.
Le siècle précédent avait déjà jeté les bases de la barbarie à durée indéterminée : il a donné lieu à deux guerres mondiales, au monde concentrationnaire, au génocide, et vers son terme, au terrorisme de masse, sanglant et surréaliste. Certes, il eut ses penseurs : de Husserl à Derrida en passant par Bergson, Alain ou Bachelard, le XX ème brille de tous les feux de l’esprit et ouvre à l’humanité des pistes immenses et nouvelles de réflexion et de connaissances. C’est aussi à ce siècle que nous devons la conquête de l’espace et les fabuleuses transformations du secteur des transports, de ceux de la médecine et des télécommunications. Un siècle génial de créativité mais qui eut la mauvaise idée de convier la mort à la table de son histoire et d’en banaliser les effrayantes démonstrations.
La voix des penseurs n’a pas porté assez haut ; elle n’a pas réussi à modifier le cours de la barbarie ; quelques fois même, elle en fut l’instigatrice. Sartre a eu beau dénoncer le capitalisme et son corollaire d’injustices, celui-ci n’a pas arrêté son développement arrogant et asservissant : le monde est plus que jamais divisé entre riches et pauvres, autant à l’échelle des nations qu’à l’intérieur des pays. Parallèlement, les armes ont plus que jamais circulé ; à défaut de guerres planétaires nouvelles, il fallait vendre ; et vendre aux pauvres…Tant pis si ces armes tombaient entre les mains d’individus douteux ; le marché avant tout. Les fous de Dieu ont acheté ; tous les fous de la planète aussi, et la géographie des conflits planétaires s’en est trouvée dangereusement modifiée : la guerre a été portée partout.
Comment pouvait-il en être autrement ? L’injustice toute-puissante a fait des millions de pauvres partout dans le monde et « la haine tonne en son cratère » peut-être plus jamais qu’autrefois ; c’est l’éruption de la faim…
De la fin aussi ; car l’on imagine mal comment peut finir, autrement que par une conflagration à l’échelle de l’universel, le cancer islamiste qui s’attaque aujourd’hui à toutes les régions et recrute dans tous les milieux et dans tous les pays, se donnant le nom qui l’enchante en fonction de ses délires. Tel est le visage du XXIème siècle, héritière involontaire d’un siècle précédent, que la pensée désertait au fur et à mesure que l’argent y établissait un ordre sans Dieu.
Maintenant au nom du même Dieu recréé sur le terreau de l’ignorance et de la misère et arrosé des eaux glauques de la haine, toutes les folies se mettent en fusion : c’est Boko Haram où l’interdiction de l’instruction, du Nigeria au Cameroun et bientôt au-delà ; c’est AQMI au Maghreb , AL QEDA en Afghanistan au Pakistan et ailleurs, c’est AL NOSTRA, c’est l’EIL … c’est tout ce que l’imbécilité humaine peut inventer quand on ne lui oppose rien.
Mais le XXI ième siècle, c’est aussi la résurgence de la guerre froide qui installe en Ukraine, des conflits et des haines d’un autre âge et dont nul ne peut prévoir le dénouement. C’est aussi la Chine, le Japon et les deux Corées qui réveillent des querelles anciennes, plaçant le monde sous la menace perpétuelle d’un conflit atomique. C’est enfin le Moyen Orient, dans l’interminable feuilleton d’une guerre sans fin où la haine parle plus que la raison.
Mais le XXI ième siècle, c’est peut-être surtout l’Afrique, dont on nous chante les louanges nouvelles, avec le refrain de taux de croissance à faire pâlir d’envie certains pays développés ! Encore un de ces soporifiques mentaux qui ont alangui l’Afrique sur des décennies… L’Afrique, la vraie, est encore hélas celle de la misère, de la mauvaise gouvernance et de l’ignorance qui est la meilleure alliée des politiciens du continent dans leur désir perpétuel d’asservissement des peuples et d’enrichissement individuel. La réalité des peuples d’Afrique aujourd’hui, c’est l’ignorance, c’est la misère, c’est la perte de repères qui engendre la faillite morale ; c’est la violence dans les villes, la grossièreté, l’invective. C’est la fin de la fraternité ; de cette fraternité que les africains brandissaient naguère encore, comme un bouclier contre les contagions d’un occident réputé égoïste.
C’est fini ; et ça semble fini partout, le temps du bien, le temps de la fraternité, le temps de la tolérance, le temps de l’amour. Il n’y a même plus de Sartre pour monter sur des tonneaux et pour crier dans un haut-parleur, les dangereuses compromissions du monde. C’est fini, et nos mains sont bien sales désormais…

Paraphrasons maintenant Néarque interpellant Médée dans la pièce de Corneille :
– Dans un si grand revers, que nous reste t-il ?
– Nous ; nous, et c’est assez !
Nous, c’est chaque citoyen du monde, faisant l’introspection nécessaire à sa renaissance morale et comportementale ; nous, c’est chaque dirigeant de chaque pays, faisant le serment d’un engagement franc et sans contrepartie pour la paix ; nous, c’est chaque égoïsme abandonné, chaque haine enterrée, chaque querelle oubliée. Nous, c’est les responsabilités que l’on décide maintenant d’assumer, dans le sens du bien ; c’est l’engagement que l’on décide de prendre hic et nunc , au service des autres. C’est l’invention de catéchismes nouveaux (nous avons tué Dieu, alors créons les nôtres !) ; la restauration de l’instruction civique dans nos écoles, surtout celles d’Afrique, et c’est le devoir des gouvernants ! Nous, c’est le refus de la violence et de la méchanceté gratuite ; de la haine ou de la jalousie. Ces choses, pour qu’elles aient un jour valeur de culture, c’est dans le périmètre de nos influences respectives qu’il faut d’abord les accomplir. Et c’est de cette seule manière qu’elles forgeront pour nous et pour notre postérité, la civilisation de tolérance et d’amour à laquelle, au fond, tout homme aspire. Il est dangereux et illusoire d’attendre qu’un ordre suprême, une puissance extraordinaire viennent un jour supplanter toutes les autres et impose le bien à l’univers ; chaque femme, chaque homme a, aujourd’hui plus que jamais, entre ses mains, la responsabilité du monde. Il faut qu’on le dise maintenant et qu’on le dise de plus en plus.
Convions ici Bossuet qui écrivait à peu près ceci : L’amour, même dévoyé, est mieux que la haine. Aimons mal, mais aimons quand même ; sans haine, sans tueries, sans barbarie !

Notre siècle perpétuera-t-il la barbarie?

Notre siècle perpétuera-t-il la barbarie?

Porto-Novo, un curieux paradoxe…

On présente souvent Porto-Novo, la « capitale » du Bénin, sous le visage d’une bonne vieille cité de culture brésilienne dont le charme tropical devrait légitimement excuser la pauvreté des infrastructures. Mais quatorze ans après la décentralisation, les populations supportent mal le délaissement de leur ville par les autorités aussi bien locales que nationales, et se demandent quand la » ville aux trois noms » recouvrera réellement ses attributs de capitale administrative.

Porto-Novo ne manque pas de charme; la ville coloniale aux murs ocres et jaunes, aux bâtisses vieillottes qui évoquent chez les anciens tant de souvenirs, voit sortir de terre quelques bâtisses neuves, villas ou immeubles que l’administration ou quelques réussites individuelles, financent de plus en plus. Mais Porto-Novo est restée sur l’essentiel une ville laide: des rues jonchées de crevasses où l’eau des pluies et des ménages , mélangées à la boue et à la saleté, vient former d’étranges rigoles. Les nids de poules qui défigurent jusqu’aux quartiers  les moins populaires, dessinent pour chaque espace, un paysage lunaire. Les rares caniveaux, sans couverture, représentent à tout instant pour tout piéton, un piège dangereux. L’impression est nette  d’une ville livrée à elle-même, entre la pollution mortelle des motos-taxis, des camions et des nombreux moulins à mais, qui sont devenus la planche de salut économique de maints petits commerçants informels, et l’anarchie d’une circulation routière surréaliste.

Et pourtant, Porto-Novo, depuis la décentralisation intervenue enfin en 2002, et le transfert des compétences qu’elle a induit, aurait dû avoir les moyens de se prendre en charge, de construire ses artères en viabilisant ses maigres ressources et ses recettes fiscales. Mais avec ses 110km2 de superficie, la ville n’a pas beaucoup évolué depuis 2002. L’on reprochait autrefois au pouvoir central de faire preuve de mauvaise foi à l’égard d’une cité que les politiciens de tout poils, jugeaient rebelle; mais les différentes autorités locales qui se sont succédé, n’ont pas démontré plus grand empressement à faire de la cité des Ainonvis, une ville phare du Bénin.

Avant les indépendances et pendant longtemps après, certaines rues de Porto-Novo, sans être bitumées ou pavées, avaient un aspect regardable; aujourd’hui, elles sont devenues de véritables calamités de quartiers, impraticables, laides et insalubres.

La paupérisation des populations n’a rien arrangé; l’exode rurale, greffé

Une rue de Porto-Novo au cœur du quartier administratif...

Une rue de Porto-Novo au cœur du quartier administratif…

sur elle, a jeté dans les cités des populations sales venues généralement de loin , ignorant les règles les plus élémentaires de la salubrité environnementale et délaissant leurs espaces de vie aux intempéries, aux déchets et à la crasse.

Porto-Novo avec ses 300 000 habitants ressemble de plus en plus à une ville oubliée, quoique puisse en dire ses administrateurs que l’on accuse au demeurant de privilégier les voyages , les solennités, et les privilèges personnelles, aux urgences de développement. L’on n’a d’autant pas de mal à le croire que ses responsables locaux, vivent dans le confort le plus révoltant au milieux des masures et des rues délabrées et sales que seuls, des tracés sur papiers aspirent à changer. Les différents Programmes de Réhabilitation de la ville n’ont accouché que de pitoyables souris et seules des initiatives privées de bon aloi, tentent peu ou prou, de redonner à la singulière capitale, ses lettres de noblesse…

Porto-Novo, ville laide et charmante? Curieux paradoxe qui, sans la misère qu’il traduit,  eût, sans doute prêté à sourire…